La crique du Bel canto

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La crique du Bel Canto

Quand on nous a annoncé Jacques Martin comme passager du Saint-Graal, j’ai paniqué !

D’abord pour la cuisine car ce remarquable homme de télévision avait aussi reçu la qualification de « meilleur cuisinier de France », et ensuite pour le personnage qui avait la réputation d’être difficile dans son milieu professionnel.

En vérité nous n’avons jamais eu de passager plus affable, plus accommodant, plus convivial et plus heureux d’être à bord.

Jacques martin 001

J’avais pris contact par téléphone à l’avance pour qu’il nous dise ses préférences alimentaires  « Ce que vous avez sera bien » m’a t-il répondu aimablement et chaleureusement.

Il est arrivé, bien sûr avec son épouse Cécilia, son fils David et un ami intime médecin, mais sans ses deux enfants de son précédent mariage que nous attendions aussi. Jacques s’était fait une joie de les recevoir à bord, mais leur mère avait fait de la surenchère et leur avait proposé un tour du monde en avion contre la croisière en voilier proposé par leur père.   Il en était attristé car je pense que c’était surtout pour ses enfants qu’il avait loué notre bateau.

Très vite nos quatre passagers s’étaient adaptés au bateau, très décontractés à bord. Les tous premiers repas, Jacques proposait de m’aider avec David qui était aussi cuisinier. Très vite ils en abandonnèrent l’idée et se laissèrent vivre. Jacques nous avoua même que, pour la première fois de l’été, il se reposait car, jusqu’alors, il n’avait cessé de faire la cuisine pour ses amis et invités dans sa maison de Provence.

Cecilia que j’avais immédiatement trouvée jolie, discrète, réservée, certainement effacée en face de l’énorme personnalité de Jacques, était aimable et sûrement pas une femme banale ; Elle aussi se reposait ; les deux petites filles qu’elle avait eu avec Jacques étaient restées en France, peut être à la garde de leur grand-mère. Cecilia a sûrement été sensible au fait que j’avais de la musique de son grand oncle Albéniz à bord.

L’ami médecin, était toujours de joyeuse humeur et riait beaucoup avec Jacques.

David fils du premier mariage de Jacques était très amical et sympathique il se relevait d’une maladie qui l’avait beaucoup fatigué. On voyait qu’il adorait son père. Il eut, plus tard l’occasion de revenir à bord passer quelques mois comme équipier-cuisinier. Jacques aussi adorait son fils « C’est un prince » disait- il en admirant ses qualités de cœur.

Jacques ne pouvait pas complètement se détacher de ses soucis professionnels pendant ses vacances et évoqua plusieurs fois ses problèmes pour faire marcher l’énorme machine de ses émissions du dimanche après-midi et sa réputation d’homme difficile alors qu’il n’était qu’exigeant pour les autres, tout autant que pour lui-même.

Comme il était de cette trempe, je pense qu’il a reconnu en nous-mêmes des individus qui allaient au bout de ce qu’ils faisaient, en donnant le meilleur d’eux-mêmes et il nous a apprécié au point qu’à la fin de notre saison de charter, il nous a fait le très grand honneur de nous convier, comme des invités de marque, à son domicile à Neuilly pour un repas confectionné par David et lui-même.

Jacques et Yves avaient très vite sympathisé, il se reconnaissaient tout deux anciens scouts et de temps en temps des chants en chœur s’organisaient à bord entre passagers et équipage : le bonheur !

Il se trouva qu’un soir dans une crique turque qui ne partait pas de nom sur les cartes, mais  très isolée, nous étions trois ou quatre voiliers seulement ancrés assez loin les uns des autres. Chacun de nous avait l’impression d’être seul à profiter de cette magnifique baie. Jacques, en forme, se lança dans un chant d’opéra avec cette voix magnifique qu’il avait. Le chant filait sur l’eau calme et résonnait sur les parois rocheuses alentour, et quand le chant se termina, des applaudissements se firent entendre, venus des autres bateaux pourtant éloignés d’une centaine de mètres. Jacques était ravi, nous charmés. Qui peut rêver de meilleur théâtre !

Nous avons immédiatement décidé de baptiser cette crique, la crique du Bel Canto, et notre carte marine porta ce nom jusqu’à la fin de notre aventure avec le Saint-Graal.

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