Drôle de maison !

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Drôle de maison  : une histoire pour les petits enfants

Moi j’habite une drôle de maison. Je vais vous raconter :

Sa forme est allongée, elle n’a pas de portes et son toit est plat. On y entre en passant par une ouverture dans le toit et d’ailleurs, la plupart des fenêtres sont aussi sur ce toit.

On y descend par une échelle inclinée, en bois, on arrive alors sur un palier où, de grandes vitres permettent de voir le paysage. Si on continue à descendre un peu, on arrive dans le salon-salle à manger, qui est à côté de la cuisine. Mais il y a aussi quatre chambres dont les portes sont de forme ovale.

J’ai oublié de vous dire que ma maison était très imprévisible  et fantasque : quelques fois, quand il y a du vent, elle est nerveuse et, tout comme les chèvres qui se truquent, comme on dit en Provence, les jours de Mistral, elle décide d’aller cogner ses voisines : les maisons d’à côté !

Nous sommes obligés de faire des excuses et de la ramener dans un endroit où elle ne puisse plus se truquer avec sa voisine.

D’autres fois, elle décide de se sauver. Aussi il faut l’attacher avec des cordes et même souvent avec une chaîne, si l’on veut la retrouver en revenant d’une promenade !

Il n’est jamais prudent de la laisser sans personne pour la surveiller car, même la chaîne ne peut la retenir vraiment quand elle décide de n’en faire qu’à sa tête.

Si l’on s’en va et qu’il soit prévu de revenir de nuit, avant de partir, il vaut mieux y accrocher une grosse lampe allumée qui nous permettra de la retrouver dans le noir, en revenant.

Elle est très joyeuse quand nous habillons ses grands bras de toiles blanches (mais est-ce que je vous avais dit qu’elle avait des grands bras ?). Nous partons avec elle, majestueuse ou sautillante, mais fière d’être admirée, car elle est ainsi très belle.

Nous la décorons aussi d’un drapeau français, au bout d’un petit bâton.

Quand il n’y a pas de vent, elle n’a pas envie de se mettre en marche, heureusement, dans sa cave il y a un moteur qui va la pousser,  qu’elle le veuille ou non!

A l’intérieur de ma maison, pour faire sa toilette, nous avons des réservoirs d’eau que nous remplissons quand il pleut, si nous sommes éloignés d’une ville.  aussi nous ne laissons jamais le robinet ouvert sans utilité !

Nous n’avons pas, non plus, le courant électrique par des fils et un compteur, nous fabriquons nous-mêmes l’électricité par plusieurs moyens. Là-aussi, nous ne devons pas laisser des lumières allumées sans necessité.

La salle à manger a une table originale, avec une sorte de poignée qui en fait tout le tour et qui permet de se tenir debout quand la maison se met à bouger. Car cette maison peut bouger dans tous les sens : elle monte, elle descend, elle se penche à gauche ou à droite ou bien en avant puis en arrière !

Donc il faut que tout soit attaché pour que les objets qui la garnissent ne partent pas en vol plané ! Et c’est pour cela aussi qu’il n’y a pas de chaises : on s’assoit autour de la table sur des bancs qui sont construits attachés aux murs. Le salon, lui non plus n’a pas de fauteuils ; on s’installe sur un grand canapé qui, lui aussi, tient aux murs. Et il y a partout des barres pour se tenir quand la maison saute en l’air.

Dans cette maison on n’a pas d’armoire.  Ainsi, pour ranger tout ce dont on a besoin, on utilise les bancs, sur lesquels on s’assoit, comme coffres. Avec leurs dessus qui se soulèvent, on peut y mettre le linge, les couvertures ou des provisions. Des petits placards sont vissés dans les murs et leurs portes ont toutes un loquet, parce que quand ma maison se met à bouger, les portes pourraient s’ouvrir et tout le contenu des placards serait éjecté.

Les dessous de nos lits sont aussi des coffres. Ainsi la maison peut bien bouger comme une folle, tout est bien callé à l’intérieur de ses coffres  et rien ne se retrouve par terre.

La maison ne sait pas se déplacer sur des routes, mais elle sait bouger dans n’importe quelle direction, comme le vent la pousse ; aussi il faut pouvoir la guider et pour cela on a un volant comme pour une voiture.  Nous devons lui imposer notre volonté d’aller là où l’on veut. Parfois elle n’est pas d’accord et il faut la priver d’un de ses bras pour qu’elle redevienne plus obéissante

Il faut que l’on fasse bien attention au trajet qu’elle fait, car elle pourrait nous conduire directement contre une montagne  ou vers une autre maison et il y a de très grandes, avec une dizaine d’étages. Quelle catastrophe si on en cognait une ! Aussi nous avons un appareil qui nous montre sur un écran, très longtemps à l’avance, les autres maisons ou obstacles qui sont sur notre chemin, et si c’est nécessaire, nous pouvons changer de chemin avant la rencontre.

La nuit, pour que les autres maisons nous voient, il y des petites lumières à l’avant de la maison : une verte à droite et une rouge à gauche et des lumières blanches en haut de ses bras.

Les autres maisons en ont aussi. Certains rochers sont eux-mêmes garnis de lumières clignotantes ou colorées. Chacun d’eux a ses lumières à lui, et on doit les reconnaitre, car dans la nuit, elles nous disent par où on peut passer. Ce sont comme les panneaux annonçant les sorties sur les autoroutes : il faut savoir les lire.

Comme nous avançons souvent pendant plusieurs jours et nuits à la file, nous devons nous remplacer pour guider ma maison et faire attention au chemin qu’elle prend, elle ne doit jamais rester sans surveillance. Pendant que les uns dorment, d’autres veillent. Pour passer le temps nous parlons à la radio à d’autres maisons qui nous dépassent ou qui nous croisent, même si l’on ne se connait pas. Et si une des maisons qui voyage comme nous est en panne et appelle au secours, nous répondons toujours à sa demande.

Quelquefois une troupe de petits compagnons de route courent comme des fous devant la maison   avec l’air de lui dire : « rattrape moi si tu peux ! » Ils s’amusent beaucoup et nous aussi car, du haut de notre toit, nous les voyons folâtrer et tout le monde est joyeux.

D’autres fois de très gros animaux, au moins aussi gros que des éléphants, s’approchent, ils ne nous attaquent jamais ; leur curiosité satisfaite après avoir glissé un œil sur notre maison, ils disparaissent.

Notre maison n’est elle pas étonnante et magique ? Vous avez sans doute déjà compris ce qu’est cette drôle de maison, à vous de le dire. La seule chose que je peux vous révéler c’est que son nom est     Saint-Graal                                                                      Jeanine Ravoux-Bourvéau

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